(Bassin d'Antan ) Andernos, le berceau de mon enfance

Rédigé le 12/07/2021
CECILE P


Je suis née en 1949 à l’ancienne Clinique d’Ares, Paul Louis Wellert. Vous connaissez ? Elle était située au centre-ville au niveau de la rue de l’église. Aujourd’hui, elle n’est plus là, elle a été détruite et reconstruite au bord du Bassin d’Arcachon. C’est magnifique d’ailleurs, depuis le parc de la clinique, il y a une vue imprenable sur la plage et le Bassin, je trouve ça très reposant pour les patients. 

 




Deux mois avant ma naissance, mes parents se sont mariés, le 10 septembre 1949 exactement. Je m’en souviens car j’ai gardé précieusement leur photo de mariage, et la date est inscrite au dos. J’adore cette photo d’ailleurs, elle est d’un réalisme et d’une pureté incroyable, les photos d’époque étaient, je trouve, beaucoup plus authentiques que celles d’aujourd’hui.


Je suis l’ainée d’une fratrie de trois enfants, mon frère né en 1951 et ma sœur en 1955, nous vivions tous ensemble au Bois de la gare, un quartier d’Andernos. Juste à côté de chez nous, vivait mon grand-père, il avait une maison rue de Bordeaux. Papa a fait construire notre maison rue Jacques Hazera, juste à côté de celle de mon papi. C’était vraiment l’idéal, car nous pouvions aller le voir à pied autant de fois que nous le voulions. Papa était un bel homme, de taille moyenne, son visage allongé et fin se terminait par une belle chevelure brune. Il était tout le temps habillé d’une salopette ou d’un bleu de travail, mais pour autant, il était toujours très élégant. Il a passé sa vie dans le jardin et a longtemps travaillé dans une pépinière en tant que fleuriste. Par la suite, il a travaillé dans une usine à Bois, à la Scierie Lacaze, elle était située aux bois de la Gare. Elle n’existe plus aujourd’hui, la ville d’Andernos l’a détruite pour y construire des appartements à la place. 


Maman, quant à elle, était une belle femme. Elle avait les yeux d’un bleu extrêmement clair, on s’y noyait dedans. Elle était de taille moyenne, et portait toujours de belles robes amples à fleurs. Elle adorait le bleu et en portait très souvent. 

 



Maman avait eu un grave accident lorsqu’elle était enfant, elle est tombée dans un escalier. Vous connaissez ce jeu où l’on cherche à sauter des marches de plus en plus haut ? Pour ma mère, la marche était visiblement trop loin du palier, elle a fait une mauvaise chute, elle a été entièrement plâtrée et les médecins ont dû lui raccourcir une jambe de dix centimètres. Elle a dû porter des chaussures spéciales pendant des années, et malheureusement, ça ne s’est jamais remis. Malgré son lourd handicap, elle s’est toujours très bien s’occupée de nous. Elle nous concoctait de bons petits plats et confectionnait nos habits avec goût. Elle savait coudre, tricoter et broder, une vraie petite fée du logis. Elle faisait des ménages et fabriquait des vêtements pour les amis. Elle a même travaillé dans la confection de gilets de sauvetage, c’est original, vous ne trouvez pas ?


Quant à moi, j’ai fait mon école primaire à Comte au fond d’Andernos, c’est un petit patelin pas très connu mais j’en garde un très bon souvenir. D’ailleurs, c’est dans cet endroit que mon père a décidé de construire notre maison de famille en 1973. C’était une maison classique avec trois chambres. Je me souviens, les volets étaient couleur anis ce qui allait parfaitement avec notre grand jardin garni de fleurs de toutes les couleurs. Dans un coin, mes parents avaient mis un potager, le rouge intense des tomates et les couleurs flamboyantes des poules rousses, faisaient de notre petite maison, un vrai petit coin poétique. La luminosité du lever de soleil, mélangée à la rosée du matin, transformait notre propriété en un vrai chef d’œuvre artistique. 
En 1956, il y a eu un mètre de neige, nous n’avions jamais vu ça, incroyable ! Avec mon frère et ma sœur, nous étions sortis en courant dans le jardin et nous avions plongé la tête la première dans la neige fraiche, un vrai régal ! Je me rappelle de cette poudre blanche glaciale qui se collait dans nos cheveux. Nous avions les joues rouges écarlates et les lèvres violettes, mais on s’en fichait, tout ce que l’on voulait, c’était faire des batailles de boules de neige jusqu’à pas d’heure.


Nous avions une vie simple mais très agréable. Une dame passait avec sa vache pour nous porter des pots de lait frais, un camion, quant à lui, nous livrait du pain et des épices et un marchand circulait de maison en maison pour distribuer son fromage frais. Je me rendais à l’école Jules Ferry à pied, elle se trouvait au port d’Andernos. Il y avait une cour pour les garçons et une autre pour les filles. A cette époque, il était impensable de mélanger tout le monde, le bon Dieu nous aurait puni… J’ai eu mon certificat d’étude, ça n’existe plus maintenant mais dans le temps c’était très important. Le jeudi, nous n’avions pas école, du coup on nous proposait une activité. Pressage du rotin, crochet … tous ces ateliers étaient accessibles dans un bâtiment situé en face de l’église du port d’Andernos. C’étaient des bonnes sœurs qui nous divertissaient et nous gardaient sur les jours de repos. Quand ces dernières étaient occupées, M. Ducom, un gentil instituteur de CM1, prenait le relais et nous emmenait dans un champ où nous fabriquions des cerfs-volants avec quelques bouts de ficelles, du bois et du papier. Nous nous mettions alors à courir à tout allure dans le champ, c’était à celui qui faisait voler son cerf-volant le plus haut possible. C’était le bon temps, un temps où l’on pouvait aller partout sans rien demander à personne.

 



Il n’y avait pas toute la circulation d’aujourd’hui, c’était beaucoup moins dangereux.
La jetée et le port d’Andernos n’ont pas vraiment changés, ça a juste été rafraichi. Ce qui a beaucoup changé c’est le chemin d’accès de Comte à Andernos. Quand j’étais petite, ce n’était que des bois. Le weekend, nous partions de la maison à travers bois et nous filions tout droit jusqu’à la plage des Quinconces. Mon père ne partait jamais sans sa fouane et ses patins, il passait des après-midi entières à pêcher les coques et les anguilles. Pendant ce temps, avec maman, nous profitions de la plage et de toutes les activités qui s’offraient à nous. Maman préparait toujours un délicieux pique- nique que nous prenions tous ensemble face au Bassin d’Arcachon. Ça sentait bon la vase, comme on disait, les touristes, quant à eux, trouvaient que ça sentaient mauvais, pour nous c’était une odeur délicieuse qui aujourd’hui encore me rappelle mes souvenirs d’enfance. 


A cette époque, la plage était beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui, papa devait partir très loin pour s’enfoncer dans le Bassin afin de pouvoir pêcher à sa guise. La plupart du temps, il nous ramenait des anguilles, au grand désespoir de ma mère qui en avait peur. Un jour, il en a pêché plus que d’habitude, il a traversé toute la forêt avec ce seau rempli de serpents marins. Arrivé à la maison, il a déposé son trophée sur la table en Formica de la cuisine. Quelques minutes plus tard, j’ai entendu ma mère hurler depuis ma chambre. Prise de panique, j’ai détalé dans la cuisine, maman était debout sur une chaise complétement affolée. Sur le sol, trois anguilles se tortillaient désespérément dans tous les sens, essayant tant bien que mal de se rattacher aux quelques minutes de vie qui leur restaient.

Ma mère s’égosillait, elle était dans tous ses états, mon père avait oublié de remettre le couvercle du seau. Papa n’a pas trainé, il s’est empressé de faire le nécessaire pour calmer au plus vite sa dulcinée qui était à deux doigts de l’assommer. Nous, de notre côté, nous avions un sentiment partagé, entre le côté humoristique de cette situation plus que cocasse, et le côté tragique au vue du grand désespoir de notre mère. 
Ça me faisait penser à la terreur que pouvait ressentir ma sœur lorsqu’elle devait s’occuper du poulailler. Je crois qu’en réalité, les poules ne l’aimaient pas trop car elles n’hésitaient pas à la poursuivre dans tout le jardin pour lui picorer les fesses. Avec mon frère, nous l’observions de loin, ça nous a valu de bonnes parties de fou rire.

 




En 1971, à bord d’une deux chevaux, avec ma cousine, nous nous rendions dans tous les bals des alentours. Nous adorions danser et surtout, pouvoir enfin rencontrer la gente masculine. Nous nous rendions souvent aux bals organisés à Salles, on y trouvait une ambiance particulière, extrêmement chaleureuse et joviale. Toutes les semaines, nous nous rendions dans les mêmes patelins, ce qui nous permettait de créer des liens plus ou moins proches avec certaines personnes. Un jour, un jeune homme aux cheveux longs m’a invitée à danser, il m’a plu et nous nous sommes promis de nous retrouver sur d’autres bals environnants. Quelque temps plus tard, un « inconnu » me proposa une danse, j’ai dit oui, ce n’est qu’au bout de quelques minutes que je me suis rendue compte que c’était le même prétendant que la première fois, à la différence près, qu’entre temps, il s’était coupé les cheveux. Je ne l’avais pas reconnu, voilà comment s’est passé ma première rencontre avec mon futur mari. A partir de ce jour-là, nous ne nous sommes plus jamais quittés, pour le meilleur et pour le pire.


Nous nous sommes mariés en 1973 à l’église Saint Elvis d’Andernos, puis nous avons loué une petite maison du côté de Comte. Par la suite, nous sommes partis nous installer à Lanton car les prix immobiliers étaient devenus bien trop importants sur la commune d’Andernos. Nous avons eu trois enfants, deux garçons et une fille et depuis n’avons, jamais quitté Lanton.